Avant les enfants, un an de voilier / part 2
Après plusieurs jours d'attente, dus à un vent de sud ouest pas vraiment adapté à notre navigation, nous partons de Lorient. Le festival Interceltique bat son plein et les Bretons du bord s'en donnent à cœur joie pour la dernière soirée. Au moment du départ, la météo n'est pas idéale, mais " Qui écoute trop la météo reste au bistrot " ! Bientôt le bateau accompagnateur emportant nos parents n'est plus qu'un petit point à l'horizon. Drôle de sentiment que de partir pour un long voyage…
7-9 août 99 : Y a d'l'air
Quelle entrée en matière ! Grains violents, orage, vent hurlant dans les haubans (de sud ouest de préférence), murs de pluie. Vu l'état de la mer, on va peut être éviter le passage du plateau continental… D'ailleurs, une pièce de notre vît de mulet refuse de continuer à ce rythme. Bon. Ca commence fort. Direction La Rochelle pour une escale technique.
9-11 août : Escale technique à la Rochelle
Un axe du vît de mulet de notre enrouleur de bôme a cassé, mais Profurl se montre très professionnel, effectue le déplacement, nous change très rapidement la pièce en question et en profite même pour nous offrir une révision de la grand-voile. Chapeau !
11-14 août Eclipse de soleil et de vent
Nous partons de la Rochelle en pleine éclipse. Un bon moyen de se souvenir du jour du départ. La traversée du Golfe se fait dans la pétole la plus complète. Il fait soleil. La vie à bord commence à trouver son rythme. Les quarts de nuit, surtout, sont l'occasion de sentir l'esprit du voyage grandir en nous et dans le bateau. Chacun est seul alors, avec ses pensées, avec la mer à perte de vue et les étoiles filantes qui, en cette nuit des Perséides, tombent comme la neige en hiver. Rien d'autre à faire que d'essayer de mettre un nom sur les étoiles. Le bateau, lui aussi, respire, par le puits de dérive, à chaque ondulation de la mer. On dirait une baleine qui reprend son souffle, et c'est étrange comme on se laisse facilement embarquer du coté merveilleux de la chose. En journée, nous pêchons un peu. Coté technique, rien à signaler, à part un bris de courroie d'alternateur. Nous faisons une escale à Vigo, car Lucien, le propriétaire du bateau, doit rentrer en France… La soirée a le goût d'excellentes tapas, dans un estaminet perdu au fond d'une ruelle, avec match de foot à la TV et patron fort occupé. Au menu : tortilla, pois chiche à je ne sais quoi, Sagres, boulettes de viande, moules, Sagres, chippirones fritos (calamars frits, un délice), Sagres, etc. Le zinc tangue, d'aucuns découvrent le mal de terre. Nous repartons le lendemain pour Lisbonne.
18-22 août : Lisbonne
Une capitale au bord de la mer ! Difficile d'y résister, surtout lorsqu'elle offre les charmes de Lisbonne. Nous avons fait un point " Escale " à Lisbonneainsi qu'une petite chronique comparant le port de Lisbonne à celui de la Rochelle, pour la bonne bouche…
23 août : Coup de pompe
Lisbonne, c'est très chouette, mais en ce début de voyage, nous avons des fourmis dans les jambes. Nous mettons le cap sur Tanger. Mais hurgh ! ! Alors que nous nous apprêtons à mouiller pour la nuit dans le sud de l'Espagne, Teuf Teuf cadet, ci-nommé notre 50 ch Yanmar, se refuse à tout démarrage. A l'entendre, pas de doute possible : le gazole n'arrive pas jusqu'aux cylindres. Le traditionnel ré-amorçage (cf. comment réamorcer le circuit de gazole ?) ne suffisant pas, reste à savoir le pourquoi de cette mauvaise volonté. Nous décidons de nous arrêter à Lagos, où il sera sans doute plus facile de trouver des pièces de rechange si besoin. L'entrée dans la marina nous réserve quelques sueurs froides : le plaisancier nous ayant pris en remorque derrière son pneumatique étant pour le moins peu doué pour ce genre de manœuvre. Nous diagnostiquons rapidement un problème sur la pompe à gazole. Devant la mauvaise volonté des mécanos du port, nous entreprenons un démontage puis une réparation maison, qui finalement s'avère plutôt facile. Nous repartons plus vite que prévu : autant en profiter pour faire une halte en Algarve…
25 août 1999
3 heures du matin, nous allons bientôt accoster à Tanger. L'ambiance à bord est un peu tendue, car une vedette des douanes nous précède et nous montre le chemin, allez savoir s'ils ne vont pas nous faire un mauvais film entre 3 et 8 heures du mat' ! Apparemment, c'est ce bout de bois branlant qui sert de ponton, voire de marina tout entière car, croyez-le, les bateaux de croisière ne sont pas légion ici ! Apparemment, nous sommes attendus… Deux Marocains nous prennent nos amarres, à cette heure-ci, ce n'est pas bon signe… Descendons voir… " Bienvenue au Maroc ! ! " Waouh ! Ce sont les premiers mots que nous entendrons au Maroc, prononcés par le gardien du Royal Yacht Club, mazette ; et nous entendrons très souvent ces simples mots d'hospitalité par la suite
Car ici, l'accueil n'est pas un vain mot. Quel contact, dans la rue, dans le souk, partout ! Pris sous le charme marocain, nous resterons plusieurs jours en escale, poussant une petite escapade du coté de Fez… Que dire ? Une ville envoûtante, pour ceux qui cherchent encore un tapis volant ou une lampe magique… Ah… Adieu mouillages déserts, vive le bruit, la fumée, les odeurs, la foule, les enfants qui s'improvisent guides, l'ombre des ruelles et la lumière des sourires, vive les ânes qui portent des photocopieurs et le henné sur les poignets des filles, les cafards dans les douches d'hôtel, les cigarettes à l'unité, le thé à la menthe et les fabricants de babouches, vive le souk !
Gibraltar, brouillard
Le chaud et chaleureux Maroc est dans le sillage. Nous voguons vers Gibraltar dans la plus complète pétole, et, devant la vacuité d'Eole, tout le monde " vacuite " à qui mieux mieux. Ca dort, ça roupille, ça sommeille, quand tout à coup ! Sifffffflllllll ! Tout le monde bondit au bruit d'un sifflet incongru mais trop proche à notre goût… Nous fonçons sur un bateau ou quoi ? De fait, oui : nous avons un pneumatique à 30 mètres dans notre étrave. A bord, trois gabelous. Plus loin, un patrouilleur, avec un canon qui n'a pas l'air en stuc, fait de grands cercles autour de nous. Les gabelous, que l'on sent stressés, montent à bord : " Marijuana ? Drugs ? Cocaïne ? Nothing to declare ? ". S'ensuit une fouille pas si sévère, quelques coffres ouverts, un coup d'œil dans le puits de dérive, et au bout d'un quart d'heure, nos douaniers se radoucissent et s'en retournent sur le patrouilleur. Il est vrai que 4 jeunes, sur un gros bateau, venant d'un pays où Rif rime avec kif et qui se dirige vers Gibraltar, ça peut porter à confusion. Tanger, notre port de départ, est l'une des plaques tournantes de la dope en Méditerranée. Quelques heures après, nous arrivons à Gibraltar, de nuit et dans un brouillard bien serré (du type " je ne vois plus le balcon avant "). Ca trompe de partout : les cargos déboulent dans tous les sens, Valérie donne de la corne de brume à l'avant ; on entend un diesel énorme sur notre gauche… non, sur notre droite… ou peut être derrière ? Bien content d'avoir un radar, dans ces cas là ! Sur l'écran, c'est un vrai sapin de Noël.
Par Patrick
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| 29/08/1999 19:11
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