Avant les enfants... un an en voilier part 4

Navigation facile, escales nombreuses, conditions agréables : la Grèce a tout pour être un haut lieu de la plaisance. C'est là que nous passons trois semaines, en passant par Delphes, le canal de Corynthe, Athènes, puis les îles des Cyclades. Jetez donc un coup d'œil à notre point escale Grèce : nous y avons retracé nos aventures et noté quelques infos utiles à ceux qui passeraient dans le coin Deux de nos amis, Sébastien et Virginie, nous ont rejoints à Mykonos pour une semaine de navigation. Ah, les vacances… L'équipage habituel de Djinn III, lui, travaille (si !). Nous avons en effet promis un reportage à Voiles&Voiliers sur la Grèce. Pour ceux que ça intéresse… on ne sait pas quand ça sortira ! Les problèmes techniques du mois (car il faut le savoir, il y a TOUJOURS un problème à régler à bord) : une anode à changer, et une hélice à retaper car une des pales a heurté une bouée sous-marine en fer. Du coup, l'hélice fait beaucoup de bruit.
18 octobre-23 octobre : Survol de la Turquie
C'est à Kusadasi que nous faisons notre première étape en Turquie, pour deux raisons : nous y avons rendez-vous avec Lucien, le propriétaire de Djinn III, qui vient passer 3 semaines à bord. Secundo, il nous fallait faire une escale technique en raison de notre problème d'hélice. De la Turquie, nous verrons peu de choses, car Sébastien doit être au Caire le 28 et le temps nous est compté. Malgré tout, ces quelques jours passés en Turquie nous mettent l'eau à la bouche : le paysage est nettement moins aride qu'en Grèce, les Turcs ont le sens de l'accueil (on ne peut pas s'asseoir quelque part sans se faire offrir un thé), et le muezzin chante, aérien, dans le calme du petit matin… L'équipage s'étant scindé (deux par la mer, deux par la terre), nous nous retrouvons tous à Marmaris où nous effectuons une petite révision moteur : vidange, changement de filtre, vérification des injecteurs. Avant de partir pour Suez.
23-27 octobre En route…
La vie à bord… Il est 8h30 à Paris, 9 h30 ici, cela fait 2h30 que mon quart a commencé. Le vent est faible, 10 nœuds, mais suffisant : le bateau marche tout seul. De l'équipage, seul Lucien est réveillé, il prend son petit déjeuner dans le cockpit. Les autres dorment, récupérant des quarts nocturnes. Pendant mon quart, j'ai mis une dernière main au journal de bord que vous lisez actuellement : travail sur ordinateur, comme au bureau !
De temps en temps, je passe une tête dehors, histoire de vérifier qu'il n'y a pas de cargo à nous foncer dessus, ces bestioles vont vite et ils pullulent dans les parages de Suez. Le bateau roule un peu, car le vent nous vient plein cul, de l'arrière. Ce n'est pas toujours facile pour ceux qui dorment : les muscles travaillent sans cesse au rétablissement, même lorsque le corps est allongé. On entend l'eau qui court le long de la coque, et de temps en temps, un petit bip venu d'un instrument. Je me lève, range deux trois choses, un harnais, une casserole ayant servi pour la soupe du soir. Jette un coup d'œil dehors. Lucien bouquine. Les bouquins, à bord, ça défile à une allure ! On en discute ensuite ensemble, comme des spectateurs à la sortie du ciné. T'as aimé ? Oh ouais, sympa, mais ça se finit en queue de poisson. Raconte pas, je ne l'ai pas lu…
Je me rassois à la table à carte, et reprend mes calculs d'astro. Enfin, mes calculs… Depuis que Lucien a ramené la Galilette, les calculs, on s'en fout, la calculette fait le dur labeur à notre place. Du coup, on ne fait plus une, mais dix droites de hauteur par jour, sur le soleil, sur la lune, sur Vénus, sur Capella, Arcturus lorsque la nuit tombe, sur… tiens ! Mais c'est qui celle-là ? Le ciel nocturne change au fur et à mesure que nous avançons, et il faut sans cesse apprendre de nouvelles constellations, dur, dur ! J'ai découvert hier des constellations aux noms inattendus, le Sextant, la Machine Pneumatique… Heureusement, le trio Véga-Altaïr-Deneb reste fidèle à notre zénith nocturne, sinon… on se perdrait ! Voilà voilà… Mes deux droites du matin me placent à 3 milles de la position du GPS, pas mal, mais mon estime n'était pas terrible… J'ai dû rater un épisode pendant mon sommeil…
Hum… Il nous reste 47 milles avant d'arriver à Suez, nous y serons en fin de journée. Je déplie pour la 50ème fois la carte du canal de Suez, interroge du regard le plan du port d'entrée comme s'il pouvait me répondre sur " comment ça va se passer à Port Saïd ? ". Pour bien me réveiller, il me faudrait un café et un body-drag (NDLR : sport où on se laisse traîner dans l'eau derrière le bateau, accroché à une écoute). Comme d'habitude, au bruit du plouf, tout le monde va se réveiller et se retrouver à l'eau. Ensuite, petit dej', aujourd'hui c'est fête car il y a du pain, Seb a mis la main à la pâte hier. Hum, que disais-je à propos de Port Saïd ? Ce n'est plus très loin : déjà, nous croisons sur notre route des plates-formes pétrolières. On va s'arranger pour avoir l'air de beatniks à bord, histoire de ne pas se faire rançonner par les douaniers.
Ensuite à nous l'aventure…
28-31 octobre Marlboro Canal
On l'attendait depuis le départ, avec une petite angoisse. Financière d'abord, parce que les canaux, ça banque, et puis on avait tellement entendu d'histoires de bakchich, de bateaux bloqués pendant des semaines pour manque de " coopération ", que, les semaines précédant notre arrivée à Port Saïd, nous avons acheté cartouche sur cartouche -de cigarettes. A ce propos, le paquet de Winston est à 5 F en Turquie. Nous avons aussi planqué nos bonnes bouteilles de pinard, on veut bien être sympa, mais il y a une limite à ne pas dépasser : celle de notre cave. Nous avions aussi une petite angoisse de navigateurs, car, enfin ! Finie, la Mer Méditerranée et ses petits ports bourgeois, le confort moderne sur le quai, les nav' peinardes sans marée et sans cailloux, les cartes à foison et précises au centimètre, etc… La Mer Rouge, ce n'est pas encore la Papouasie, mais tout de même, le navigateur entre dans une autre dimension, et le Canal de Suez en est, comme qui dirait, le passage initiatique.
Nous y voilà donc ! Comme vous le verrez dans notre point escale sur le canal, le passage se fait comme une lettre à la poste, une lettre qui fait mal au porte-monnaie tout de même, mais il paraît que c'est ainsi pour tous les canaux. Le bakchich ? On s'en tire pour quelques dizaines de francs et des paquets de cigarettes - c'est plutôt la façon de le demander systématiquement qui est énervante, plutôt que le montant. Les trois villes bordant le canal (Port Saïd, Ismalia et Port Suez) ne sont pas folichonnes, mais elles permettent d'approcher une réalité de la ville égyptienne autre que celle du Caire. A Port Suez, nous avons rencontré Philippe et Badia, l'équipage de Corrélation, en route vers la France après cinq années de circumnavigation. D'après Philippe, les deux plus beaux endroits du monde sont les canaux de Patagonie et… la Mer Rouge.
Par Patrick
| Avant
| 30/10/1999 20:25
| Après
| Actualités
|
2 commentaires
|
par Patrick, le Vendredi 7 Novembre 2008, 15:11
Je te poste ce que j'avais écris à l'époque. C'est le détail du tarif pour une Feeling 416, et ça date de 1999 alors ça vaut ce que ça vaut.Répondre à ce commentaire
Ministry of Maritime Transport 128 $C'est l'état qui coûte le plus cher. Il paraît que l'argent du canal part intégralement chez les militaires, mais ça, c'est leurs oignons. Piloting 68 $Les pilotes sont plutôt bien payés (pour l'Egypte), c'est pourtant eux qui cherchent le bakchich. Félix Agency nous a précisé " Donnez entre 5 et 10$ à chaque pilote (il y en a deux), mais c'est vous qui voyez ". Hmm hmm… Port Clearance during office hours from 8.00 to 14.00 15 $Ah, les heures de bureaux c'est pas foulant ici Port Clearance after office hours and during holidays and feasts 30 $Ca nous apprendra à arriver de nuit un vendredi. Bien sur, les formalités ne pouvaient pas attendre le matin, et le tarif, on ne vous l'indique qu'au moment de payer. Formalities for Yacht Transit Suez Canal 20 $Formalités, première. Bank formalities and commision 10 $On a eu raison de les payer en livres égyptiennes… Formalities for 4 persons on board 40 $Formalités, troisième. Agency fees for two ports 75 $Boum ! Prends ça ! Notez que c'est là dessus qu'on peut grappiller 25% si l'on s'annonce par fax avant d'arriver à Port Saïd. Explosive office dues 12 $C'est pour le gars qui est venu vérifier s'il y avait des armes à bord. Quel gars, ça, on sait pas, on ne l'a pas vu. Insurance Dues 3.2 $Une assurance remorquage, si jamais le moteur tombe en panne pendant le transit. Custom formalities dues 10.2 $Les douanes… Formalités, quatrième. Official stamps 25 $Ci devant des timbres officiels dont on ne verra pas la couleur. Port light dues 3.5 $Ca fait cher de la pauvre ampoule qui éclaire le port, mais soit… Quaranteen doctor official dues during office hours 2.3 $Encore un, on ne sait pas qui c'est, il devait être en vacances After office hours 14.3 $Ah bon ? Mais je croyais qu'on avait déjà payé ça… Expenses 14.6 $Ben ça, les expenses, on sait ce que c'est, ça va vite.
Total : environ 470 $ (pour un Feeling 416). C'est quand même pas donné, mais bon, ça passerait mieux si les tarifs étaient clairement indiqués. Et c'est désagréable, cette impression, aussi, que cette ribambelle de chiffres n'est qu'une tentative de justification pour faire monter la note…
Les pilotes et le bakchich
Deux pilotes viennent à bord : un par étape. Ils ne font pas grand-chose à bord, mais ce sont eux qui, en général, demandent un bakchich. Notre premier pilote, en arrivant à bord, a mal commencé : avant même de dire bonjour, il nous a aboyé : " 2 packets 'cigarettes " (pour son pote qu'il l'avait amené à notre bord). Ca fait toujours plaisir. Deux minutes après, il nous apprend qu'il y a une erreur de numéros de passeports dans les papiers de transit (remplis par lui). Il doit vérifier auprès d'un camarade, un peu plus loin sur le canal. " One packet'cigarettes ". En fait de vérification, il lance le paquet et le papier de transit, au passage, à son pote : le papier tombe dans l'eau… et le pote récupère les clopes. D'accord. Par la suite, ce pilote se révèlera agréable, nous apprendra quelques mots d'arabe et nous montrera les rêgles égyptiennes du taola (backgammon), le jeu préféré des Egyptiens. En partant, il nous demande, gentiment mais en insistant, un présent : nous lui donnons 30 E£ (60 F) et un paquet de cigarettes, ce qui semble lui convenir. Le deuxième pilote, c'est tout le contraire : il fut très agréable pendant le transit d'Ismalia à Port Suez, mais gourmand en backchich. Nous lui donnons 50 E£ (manque de monnaie) et un paquet de cigarettes, le voilà qu'il regimbe et s'étonne que nous ne donnions pas plus. Notez que le salaire moyen en Egypte est de 350 £ par mois. D'après le Red Sea Pilot, un bon moyen d'économiser les bakchichs de cigarettes, c'est de dire qu'il n'y a pas de fumeurs à bord ; mais il y a des chances pour que les pilotes se rabattent sur autre chose. Dans tous les cas, quel que soit ce que l'on donne, c'est toujours trop peu, la famille est grande, les aïeux ont faim, le bakchich est une tradition séculaire, on s'est arraché sang et sueur pour vous, etc.
Après coup, nous avons entendu parler de méthodes efficaces pour passer Suez sans douleur.
1- Préparer une enveloppe épaisse en billets de 1 US$, la montrer au pilote et lui dire : "C'est pour toi, mais on y puisera à chaque fois qu'un backchich nous sera demandé".
2- D'après un navigateur que nous avons rencontré, les backchichs ne sont pas autorisés par la direction du canal. Ledit navigateur, confronté à un pilote gourmant, a fait semblant d'appeler la "canal autority" sur le 16 : le pilote s'est tout de suite calmé.

Commentaires
1 - infopar merlin, le Vendredi 7 Novembre 2008, 14:33 Répondre à ce commentaire