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 28 septembre-18 octobre : Cabotage en Grèce
 

Navigation facile, escales nombreuses, conditions agréables : la Grèce a tout pour être un haut lieu de la plaisance. C'est là que nous passons trois semaines, en passant par Delphes, le canal de Corynthe, Athènes, puis les îles des Cyclades. Jetez donc un coup d'œil à notre point escale Grèce : nous y avons retracé nos aventures et noté quelques infos utiles à ceux qui passeraient dans le coin Deux de nos amis, Sébastien et Virginie, nous ont rejoints à Mykonos pour une semaine de navigation. Ah, les vacances… L'équipage habituel de Djinn III, lui, travaille (si !). Nous avons en effet promis un reportage à Voiles&Voiliers sur la Grèce. Pour ceux que ça intéresse… on ne sait pas quand ça sortira ! Les problèmes techniques du mois (car il faut le savoir, il y a TOUJOURS un problème à régler à bord) : une anode à changer, et une hélice à retaper car une des pales a heurté une bouée sous-marine en fer. Du coup, l'hélice fait beaucoup de bruit.

18 octobre-23 octobre : Survol de la Turquie

C'est à Kusadasi que nous faisons notre première étape en Turquie, pour deux raisons : nous y avons rendez-vous avec Lucien, le propriétaire de Djinn III, qui vient passer 3 semaines à bord. Secundo, il nous fallait faire une escale technique en raison de notre problème d'hélice. De la Turquie, nous verrons peu de choses, car Sébastien doit être au Caire le 28 et le temps nous est compté. Malgré tout, ces quelques jours passés en Turquie nous mettent l'eau à la bouche : le paysage est nettement moins aride qu'en Grèce, les Turcs ont le sens de l'accueil (on ne peut pas s'asseoir quelque part sans se faire offrir un thé), et le muezzin chante, aérien, dans le calme du petit matin… L'équipage s'étant scindé (deux par la mer, deux par la terre), nous nous retrouvons tous à Marmaris où nous effectuons une petite révision moteur : vidange, changement de filtre, vérification des injecteurs. Avant de partir pour Suez.

23-27 octobre En route…

La vie à bord… Il est 8h30 à Paris, 9 h30 ici, cela fait 2h30 que mon quart a commencé. Le vent est faible, 10 nœuds, mais suffisant : le bateau marche tout seul. De l'équipage, seul Lucien est réveillé, il prend son petit déjeuner dans le cockpit. Les autres dorment, récupérant des quarts nocturnes. Pendant mon quart, j'ai mis une dernière main au journal de bord que vous lisez actuellement : travail sur ordinateur, comme au bureau !

De temps en temps, je passe une tête dehors, histoire de vérifier qu'il n'y a pas de cargo à nous foncer dessus, ces bestioles vont vite et ils pullulent dans les parages de Suez. Le bateau roule un peu, car le vent nous vient plein cul, de l'arrière. Ce n'est pas toujours facile pour ceux qui dorment : les muscles travaillent sans cesse au rétablissement, même lorsque le corps est allongé. On entend l'eau qui court le long de la coque, et de temps en temps, un petit bip venu d'un instrument. Je me lève, range deux trois choses, un harnais, une casserole ayant servi pour la soupe du soir. Jette un coup d'œil dehors. Lucien bouquine. Les bouquins, à bord, ça défile à une allure ! On en discute ensuite ensemble, comme des spectateurs à la sortie du ciné. T'as aimé ? Oh ouais, sympa, mais ça se finit en queue de poisson. Raconte pas, je ne l'ai pas lu…

Je me rassois à la table à carte, et reprend mes calculs d'astro. Enfin, mes calculs… Depuis que Lucien a ramené la Galilette, les calculs, on s'en fout, la calculette fait le dur labeur à notre place. Du coup, on ne fait plus une, mais dix droites de hauteur par jour, sur le soleil, sur la lune, sur Vénus, sur Capella, Arcturus lorsque la nuit tombe, sur… tiens ! Mais c'est qui celle-là ? Le ciel nocturne change au fur et à mesure que nous avançons, et il faut sans cesse apprendre de nouvelles constellations, dur, dur ! J'ai découvert hier des constellations aux noms inattendus, le Sextant, la Machine Pneumatique… Heureusement, le trio Véga-Altaïr-Deneb reste fidèle à notre zénith nocturne, sinon… on se perdrait ! Voilà voilà… Mes deux droites du matin me placent à 3 milles de la position du GPS, pas mal, mais mon estime n'était pas terrible… J'ai dû rater un épisode pendant mon sommeil…

Hum… Il nous reste 47 milles avant d'arriver à Suez, nous y serons en fin de journée. Je déplie pour la 50ème fois la carte du canal de Suez, interroge du regard le plan du port d'entrée comme s'il pouvait me répondre sur " comment ça va se passer à Port Saïd ? ". Pour bien me réveiller, il me faudrait un café et un body-drag (NDLR : sport où on se laisse traîner dans l'eau derrière le bateau, accroché à une écoute). Comme d'habitude, au bruit du plouf, tout le monde va se réveiller et se retrouver à l'eau. Ensuite, petit dej', aujourd'hui c'est fête car il y a du pain, Seb a mis la main à la pâte hier. Hum, que disais-je à propos de Port Saïd ? Ce n'est plus très loin : déjà, nous croisons sur notre route des plates-formes pétrolières. On va s'arranger pour avoir l'air de beatniks à bord, histoire de ne pas se faire rançonner par les douaniers.

Ensuite à nous l'aventure…
 

28-31 octobre Marlboro Canal
 

On l'attendait depuis le départ, avec une petite angoisse. Financière d'abord, parce que les canaux, ça banque, et puis on avait tellement entendu d'histoires de bakchich, de bateaux bloqués pendant des semaines pour manque de " coopération ", que, les semaines précédant notre arrivée à Port Saïd, nous avons acheté cartouche sur cartouche -de cigarettes. A ce propos, le paquet de Winston est à 5 F en Turquie. Nous avons aussi planqué nos bonnes bouteilles de pinard, on veut bien être sympa, mais il y a une limite à ne pas dépasser : celle de notre cave. Nous avions aussi une petite angoisse de navigateurs, car, enfin ! Finie, la Mer Méditerranée et ses petits ports bourgeois, le confort moderne sur le quai, les nav' peinardes sans marée et sans cailloux, les cartes à foison et précises au centimètre, etc… La Mer Rouge, ce n'est pas encore la Papouasie, mais tout de même, le navigateur entre dans une autre dimension, et le Canal de Suez en est, comme qui dirait, le passage initiatique. 

Nous y voilà donc ! Comme vous le verrez dans notre point escale sur le canal, le passage se fait comme une lettre à la poste, une lettre qui fait mal au porte-monnaie tout de même, mais il paraît que c'est ainsi pour tous les canaux. Le bakchich ? On s'en tire pour quelques dizaines de francs et des paquets de cigarettes - c'est plutôt la façon de le demander systématiquement qui est énervante, plutôt que le montant. Les trois villes bordant le canal (Port Saïd, Ismalia et Port Suez) ne sont pas folichonnes, mais elles permettent d'approcher une réalité de la ville égyptienne autre que celle du Caire. A Port Suez, nous avons rencontré Philippe et Badia, l'équipage de Corrélation, en route vers la France après cinq années de circumnavigation. D'après Philippe, les deux plus beaux endroits du monde sont les canaux de Patagonie et… la Mer Rouge.

 


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