Avant les enfants... un an en voilier / part 4B
Le désert du Sinaï… On pensait le voir le long du Canal de Suez, mais c'est plutôt dans le Golfe de Suez qu'il faut le chercher. Le paysage, d'abord plat comme la main, s'enfle de dunes puis de véritables montagnes, rouges, sur lesquelles s'accrochent des névés… de sables ! Hum, voyons voir s'il n'y a pas moyen d'aller faire quelques pas dans le désert : El Tur ça paraît pas mal comme étape. On y sera dans une vingtaine d'heures. En attendant, gaffe : ce golfe est blindé de plates-formes pétrolières, monstres marins inhabituels et inquiétants, coiffés de flammes et d'où sourd une pulsation profonde et mécanique. Toutes ne sont pas marquées sur les cartes. Certaines ne sont pas éclairées, mais on les voit au radar. D'après le Red Sea Pilot, il en est de plus dangereuses : celles qui ont été démembrées, découpées, et dont les moignons de fer restent… à fleur d'eau ! Pas sympa du tout. Mieux vaut naviguer de jour dans les parages des champs pétrolifères.
A El Tur, finalement, nous ne sommes pas si bienvenus que cela. Ce sont des militaires qui nous réceptionnent, ils sont très courtois mais refusent que nous descendions à terre (nous pourrons faire de rapides courses, mais accompagnés). Nous mettons donc les voiles pour les îles Gubal, en bas à gauche du Golfe de Suez. Pour l'équipage, hormis pour Lucien dont l'expérience n'a d'égale que l'âge ;-) il s'agit d'une première : la navigation dans les récifs coralliens. Lorsque, en France, nous préparions notre itinéraire en Mer Rouge, nous regardions avec une certaine appréhension ce véritable rempart de cailloux protégeant Hurghada en grommelant : " et dire qu'en plus il paraît que ça vit ! ". Ah ah ! En fait, les récifs, c'est simple et c'est super beau, que ceux qui passent au large… passent au large, ça les regarde, ils peuvent aussi bien se brosser les dents avec de l'Harpic Gel WC, car… Ici, dans le récif, c'est bleu nuit, bleu roi, bleu outremer, pers, vert, vert pâle… Mais c'est encore plus beau en dessous : le marin est obligé, nonobstant une répulsion ancestrale envers l'eau, de plonger la tête sous la surface : on nage dans un aquarium, et c'est peu de le dire, vu que j'ai rarement rencontré une murène dans un aquarium. On nage ? On survole une sorte de forêt figée en milles formes, milles couleurs, où les poissons les plus extravagants papillonnent de branches en branches, dans le silence… Désolé, l'appareil numérique n'est pas étanche !
Au 8 au 16 novembre Les Pyramides, via Hurgadha
On nous l'avait bien dit, qu'Hurghada c'était moche et cher ! 50 $ par jour à quai, 90$ pour l'agent, et si t'es pas content, va voir l'immigration, tu leur dois 300$. Après le racket institutionnalisé du canal de Suez, on va battre le record de la destination chère. Tout ça pour un port -enfin, un port ! C'est un grand mot : disons une enfilade d'hôtels sur 10 kilomètres, la plupart en construction, du moins en chantier, ou peut être en démolition, allez savoir. Il paraît que Sharm El Sheik, en face, au sud du Sinaï, c'est pire, tu parles d'une consolation. Pour notre part, nous y trouvons quand même notre compte, sous la forme d'un solide corps-mort placé devant un hôtel bien gardé, le Marriot. Une excellente base pour laisser le bateau au mouillage en toute tranquillité et aller se balader au Caire (la liaison le Caire-Hurghada est très bien desservie). On ne pouvait pas venir en Egypte sans voir la dernière merveille du monde encore debout : les Pyramides. Carnet d'équipage : c'est la fin du voyage pour Lucien, le propriétaire de Djinn III (pour ceux qui n'ont pas suivi, voir le contrat qui nous lie à Lucien) ; Seb rejoint notre bord après deux semaines passées à Paris pour couvrir le tournoi de tennis de Bercy, et nous accueillons Isabelle, la sœur de Pat.
16-24 novembre Louxor, via Safaga
Après les Pyramides, qu'allons nous donc nous mettre sous la dent ? Voyons la carte. Louxor, ça paraît pas mal, en prenant comme base de départ Safaga. En avant. Sur la route, nous faisons un arrêt sur un très beau récif, nommé comment, je vous le demande ? Sa'al Hashîsh ! C'est l'occasion de rencontrer, pour la première fois, des murènes. Frisson garanti : pour ceux qui l'ignore, la murène est un poisson pouvant atteindre 2,5 mètres, avec une tête qui ressemble à l'Alien du film, elle reste toujours dans un trou de rocher, guettant sa future victime. La murène a une mâchoire 100% pure dent : chez les plongeurs, il y a plus d'accidents avec les murènes qu'avec les requins. Autant dire qu'en nageant au dessus d'elle, parmi le ballet des poissons chirurgiens et autres papillons aquatiques, nous rentrons les petons. Nous laissons le bateau en toute sécurité devant un hôtel de Safaga (mais cette fois, gratuitement) et partons en bus pour Louxor. Le trajet nous fait longer le Nil, et c'est vraiment une bande de verdure dans le désert. A Louxor, visite classique de la vallée des rois et des reines, à savoir : on arrive dans un endroit désertique (à part les touristes), au pied d'une montagne pelée. Il n'y a rien à voir (à part les touristes), car tout se passe en sous-sol : une cinquantaine de tombes, que l'on visite en compagnie d'autres touristes donc. On descend dans des boyaux, longs de 50 à 100 mètres, les murs sont couverts de hiéroglyphes, étrange ambiance, et au bout, on tombe sur un sarcophage de pierre, l'imagination fait le reste. Toutes les tombes ont été pillées depuis bien longtemps (hormis celle de Toutankhamon, ce pourquoi cet obscur pharaon est devenu la star que l'on sait), mais il resterait 16 tombes à découvrir dans la vallée. En revenant à Safaga, nous trouvons l'annexe pendant au bout de son bout, un boudin crevé, et le moteur à l'envers sous l'eau. Et un hors-bord à l'eau, un ! Nous passons la soirée à réparer.25 novembre Au revoir, Florence et Sébastien
En partant, tout le monde nous avait mis en garde sur le risque de partir à quatre dans un espace aussi réduit qu'un bateau. Malheureusement, cette mise en garde s'est révélée justifiée, puisqu'aujourd'hui nous en sommes à la séparation. Valérie et moi avons eu la volonté de faire un beau voyage, nous avons eu l'opportunité de le partager avec Florence et Sébastien. Nous avons fait le maximum pour réaliser notre rêve, et les y associer. Mais nous n'avons pas voulu de relations approximatives lors d'un voyage que nous voulons vivre intensément. Mieux vaut savoir se séparer et partir chacun de son coté, Flo et Seb vers les îles de Tahiti dont ils rêvent, nous vers d'autres aventures. Le voyage continue, en duo : un peu moins de sommeil, un peu moins de milles, un peu plus de prudence… et de liberté.
26 novembre - 30 novembre
Safaga, on aimait bien, on avait fini par connaître plusieurs de ses habitants. Mais depuis le départ de Flo et Seb, le cœur n'y est plus, il est temps de changer d'air, et nous décidons de réaliser les formalités de sortie du territoire égyptien. Ces formalités sont l'occasion d'un vrai sketch. Nous commençons par nous adresser à Nageeb, notre agent à Safaga (car dans tous les ports égyptiens, des agents se proposent comme intermédiaires entre les plaisanciers et les autorités). Nageeb, donc, nous emmène au poste de police maritime, mais finalement décide de nous laisser nous débrouiller avec les autorités. Pendant deux heures, nous passons d'un bureau à un autre, il manque toujours un papier, tout le monde ne parle qu'arabe, bref, nous faisons choux blanc. Nous revenons à l'assaut le lendemain, et cette fois, on nous emmène dans le bureau de M. Adel. Bureau climatisé, portrait du président Mubarak, fauteuil en cuir, ça sent le chef ! Et c'est bien le chef, de la police du port donc, gueule carrée, verbe bref, un vrai militaire. Il nous offre un thé, nous parlons ensemble (en anglais, Allah merci) très courtoisement du voyage, de l'Egypte ; il trouve dommage que nous ne visitions pas l'Egypte profonde des petits villages, on aurait bien aimé... enfin, il demande à rentrer en contact avec notre agent, non sans nous indiquer qu'il faudra passer aux douanes, à l'immigration, à la capitainerie, etc. Nous retournons voir Nageeb. Lequel n'est pas du tout enthousiaste pour téléphoner au chef de la police. Il tergiverse, nous explique que les autorités n'y comprennent rien en matière de yachts de plaisance, et que ça risque de coûter fort cher. Mais... il est possible de s'arranger par l'intermédiaire d'un ami qui travaille aux douanes. Nous rendons visite à cet ami. Long conciliabule en arabe. Il semble qu'un troisième intermédiaire soit nécessaire à nos formalités de départ : nous passons le réveiller à son domicile. Objectifs de tant de sollicitudes : shunter le chef de la police (M. Adel), éviter le passage aux services de l'immigration (certains plaisanciers y laissent 300 $, on ne sait toujours pas si c'est légal, si c'est du racket, ou les deux) et obtenir un " certificat " de sortie du territoire.
Depuis 3 jours que nous démarchons à gauche et à droite, voici que nos visas, maintenant, sont périmés. Nous nous en ouvrons à Nageeb, qui commence par se lamenter... et qui finalement, nous propose la solution suivante : aller chercher une prolongation de visas... et quitter l'Egypte ! De l'immigration, des certificats, de la police, plus un mot. Evidemment, ça nous arrange. Vous me direz : ce Nageeb, il ne serait pas un peu filou par hasard ? A vrai dire, oui, comme tous les Egyptiens sans doute. Mais il a su acquérir notre confiance, car à travers ses propos, nous avons compris qu'il connaissait sur le bout des doigts les problèmes entre voiliers et autorités. C'est l'homme de confiance d'un Allemand qui fait du charter dans le coin depuis 15 ans. Bref, nous passons prendre un nouveau visa, puis nos cliques, nos claques...
Par Patrick
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| 06/11/1999 19:28
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