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 27 décembre - 9 janvier : L'an 2000 sur la côte Danakil

Erythrée… Qui connaît l'Erythrée ? Pas nous, en tout cas, mais les rapports enthousiastes que nous entendons sur l'accueil à Massawa nous décident à faire un petit crochet. La deuxième raison, c'est que nous souhaitons descendre dans le Sud en restant sous la protection des récifs et de la côte ; nous empruntons le chenal entre les îles Dalhak et l'Erythrée.

Nous resterons une douzaine de jours à Massawa, tout en faisant une petite incursion à Asmara, la capitale. Pour un premier de l'an pas ordinaire, ça l'a été ; le feu d'artifice, c'était des tirs de DCA (impressionnant ! ). Le champagne, c'était de la bière (les locaux en font un usage inconsidéré). La fête, c'était extraordinaire pour nous… mais ordinaire pour eux, car la fête ici, c'est tous les soirs ! Au passage, nous pensions avoir raté les festivités de Noël… mais pas du tout, nous avons fêté le Noël orthodoxe ainsi que la fin du ramadan !

Les menus problèmes qui font le quotidien de la grande croisière : nous avons eu un rat à bord, je ne vous dit pas ce que ça bouffe ces bestioles ; nous avons grillé le chargeur du bord à l'aide du générateur dudit bord, que Lucien se rassure, on a réparé ; étant également en panne de frigo (et là, on n'a pas encore la solution), nous avons inauguré le salage de la viande en matière de conservation.

9 janvier-15 janvier : Hanish Island 1, Profurl 0

Nous profitons d'une pétole sympathique pour rallier les îles Hanish, au large du Yémen. Des îles volcaniques, aux couleurs de lave noire, de sable de corail blanc crème, et d'eaux bleues-vertes, un joli cocktail ma foi. C'est l'occasion de notre première véritable rencontre avec le fauve des mers : le requin ! Nous l'attendions, nous le redoutions, toutes nos baignades en mer Rouge étaient sujettes à des blagues mi-rassurantes… et le voilà, alors que nous explorons le corail de Little Hanish. Pas très grand, un mètre cinquante, très souple ; félin. Nous ne sommes pas très rassurés, mais, somme toute, pas plus angoissés que lors de notre rencontre avec la murène, en Egypte. Nous sentons le requin curieux, mais pas dangereux. Tout de même, nous ne persistons pas…

C'est aussi l'occasion pour nous de retrouver la Katarina M, un charter boat italien que nous avions croisé à Port Saïd. Retrouver un bateau ami, au milieu de nulle part, c'est vraiment sympathique.

Les menus problèmes, suite et aggravation. Notre bôme Profurl, définitivement, rend son tablier en matière de grande croisière : tout casse ! Un vrai danger public.

15-20 janvier : Ambiance boum boum à Bab El Mandeb

 35, 40 nœuds, sud de la mer Rouge. Coup d'œil inquiet sur l'anémomètre. Oh, pas que ce soit tant que cela de vent. C'est plutôt la mer qui nous abrutit : pas haute, mais rapide, courte, abrupte et cassante. Et on fait du près là dedans. Ceux qui ont testé un bon vent contre courant dans le raz Blanchard, ou un coup d'Est en Méditerranée verront de quoi je parle. Pour les autres, voici le tableau. D'abord, le bateau gîte et la vie va de travers. De la table à cartes, pour aller prendre une tartine à la cuisine, remontez le long des éviers, une main à gauche, une à droite sur les mains courantes de la descente. Bruits d'eau sur le pont, le vent hurle dans les haubans, les voiles claquent brièvement. Mais ça, c'est le quotidien du près. Ce qui est agréable aujourd'hui, c'est ce gros clapot absolument anarchique. Encore une vague, frontale. Le bateau se cabre, il y a une demi-seconde de demi-silence, le bateau est suspendu, et BOOOOUUUM ! Au début, on croit toujours que le bateau va se casser en deux. BOOOUUMM ! Celui qui essaie de dormir se redresse brusquement, ce n'est pas possible, là on a cassé le mat ou quoi ? Et ça recommence : BOOOUMMM ! La coque vibre de tout son long, le bateau s'arrête sous le coup, ça fait longtemps que la tartine s'est retournée par terre, du mauvais coté comme de juste. Tartine, parce qu'on ne risque pas de faire une fricassée de dinde aux petits légumes par ce rodéo. Rien que pour tenir debout, on mobilise déjà toute son énergie. Tiens, même quand on dors ça continue : on se retient pour ne pas rouler à gauche, on décolle sur la vague, boum on amortit dans le creux, et au matin on se réveille avec les vertèbres en vrac. Il y a un autre truc sympa, c'est l'humidité permanente. Il faut dire que sur le pont, on se coltine quelques tonnes d'eau par heure sur le râble, on a même du mal à voir où on va parfois tellement il pleut des embruns. De l'eau bien salée, qui met trois heures à sécher et qui colle aux cheveux. Moi j'ai trouvé une solution : je reste à l'abri pendant mon quart, assis sur les marches de la descente, et quand je suppose que la série de vagues est passée, hop, j'ouvre le panneau, je risque un coup d'œil, personne à gauche, personne à droite, voiles OK, je referme le capot. Basta ! C'est plus facile lorsque l'on met la capote, mais là, la grand-voile est bordée à fond et on ne peut pas déplier cette confortable capote de rouf. Ca fait un quart moins fatiguant et beaucoup plus sec -de quoi rester d'attaque pour les prochaines heures…

Après 30 heures de ce régime au sud des îles Hanish, nous décidons de relâcher à Assab (Erythrée). Pendant trois jours, le vent est féroce, la mer montre les dents même dans le port, où nous restons dans un abri relatif. Le beau temps revenu, nous passons la redoutée Porte des Lamentations (Bab El Mandeb) comme une simple formalité. 20 nœuds de vent, mais aucune vague sur 20 milles derrière l'île Périm, de nuit, et par pleine lune…


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