Avant les enfants... un an en voilier / part 7
Pour le bateau, l'escale d'Aden est l'occasion d'une multitude de petites réparations : réparation du frigo, entretien des bois intérieurs et extérieurs, nettoyage de la pompe à eau de mer, dérouillage de tout ce qui rouille. Et puis surtout, nous changeons de bôme… pour une nouvelle bôme Profurl, équipée désormais d'un frein de bôme et envoyée gracieusement par le constructeur depuis la France ! Respect, comme dit mon frère, parce que nous n'avons pas été tendres avec eux. Le moins que l'on puisse faire est d'offrir une seconde chance à cet enrouleur de bôme.
20 février : Récit d'une journée d'escale ordinaire à Aden
7 h : Réveil matinal ce matin, avec la marée, car on a prévu d'échouer le bateau sur une île de la rade pour le nettoyer. Oui, parce que le port d'Aden, c'est une grande baie, avec une presqu'île en montagne à l'est, et dedans c'est une vraie marée noire. Pas de chance : la dérive est bloquée tant il y a de coquillages dans le puits de dérive. Va falloir gruter.
8 h : Mohamed et moi, dans l'annexe. Quand on est que deux, ça va, dans ce truc microscopique. Valérie reste à la maison (au bateau) et prépare une marmelade de son crû, miam miam. Un petit coup de moteur pour franchir les 50 mètres qui nous séparent du quai. On fait bien 4 ou 5 allers-retours par jour. Aujourd'hui, il n'y a pas de vague, tant mieux.
9 h : Ah… C'est ça la grue ici ? D'accord. Bon ben on va faire avec, mais d'abord, il faut qu'on discute du prix, dans le bureau antédiluvien du manager parce qu'ici, ils disent toujours "no problem" avant et ils matraquent après.
10 h : je passe voir les services d'immigration d'Aden, pour achever mon enquête sur la piraterie en Mer Rouge (à paraître prochainement). Ils sont vraiment cools les douaniers ici, vous verriez ça, les formalités se font en 5 minutes, ils discutent et ils offrent le thé… mais il paraît qu'ils surveillent Djinn III depuis qu'ils savent qu'il y a un journaliste à bord !
11 h : Je repasse sur le bateau des Hollandais, au mouillage à coté de nous. Je dois leur rendre l'Indian Pilot, que je leur ai emprunté, histoire de photocopier quelques cartes. Dans le port d'Aden, on ne rencontre que des grands voyageurs. Entre autres, on a fait connaissance tour à tour avec un couple d'américains qui viennent d'Indonésie en trimaran rapide, avec des australiens qui se sont fait piratés (Gone Troppo, histoire à suivre), avec deux retraités qui naviguent depuis 12 ans, avec un retraité qui rentre parce qu'il en a marre, 6 ans, c'est suffisant ! Et on a même rencontré trois jeunes compatriotes, je m'entend, il s'agit de bretons bien sur, eux ils bouclent leur tour du monde (17 mois jusqu'ici). On s'échange des infos, alors comme ça le nord des Maldives ça vaut le coup, et Cochin, tu y es passé ? Sympa.
12 h : retour au bateau, dernière main sur les articles pour Cruise Online. Un peu de labeur, avec un fond de musique yéménite.
13 h : Valérie et moi descendons de nouveau à terre pour déjeuner. A 10 balles le plat pour deux, autant économiser notre énergie. Salim, notre chauffeur de taxi préféré, nous gratifie d'un "oui majesté" magistral, à croire que c'est le seul mot de français qu'il connaisse. Il y a toute une vie autour du port, des taxi-drivers spécial plaisanciers, un bouiboui où toujours les mêmes sympathiques désœuvrés jouent aux dominos en fumant un narguilé, des militaires débonnaires . Nous allons dans une gargotte populaire où la viande est tendre (c'est rare), puis prenons un cocktail de fruits, alors là, il faut vraiment que vous veniez dans les pays arabes pour voir les cocktails qu'ils font, ça se mange à la petite cuillère.
14 h : comme je me suis levé tôt, je prends le café du yéménite pour rester éveillé : le qat (prononcez gat). A chaque fois, ça les fait tous marrer, de voir un occidental mâcher du qat, "Tamam ?", oui, c'est bon. Certains des locaux ont des chiques, ça fait mal à voir.
17 h : Nous passons faire quelques courses au souk. Animation assurée. Valérie a mis son déguisement de femme yéménite pour choisir les denrées ; Mohamed discute les prix. Si moi, avec ma tête de touriste, je les rejoints, aussitôt les prix doublent.
19 h : En route vers le cybercafé, prendre les nouvelles de la famille. Il suffit de prendre un minibus. Le minibus est un incontournable en terre arabe : un petit van, souvent défoncé et roulant avec la portière latérale grande ouverte, qui n'a pas d'itinéraire précis mais qui suit les grandes artères. Il suffit de les héler ; le plus difficile est d'expliquer en arabe où on va. La course à 15 rials, ça ne fait même pas un franc, on aurait tord de marcher.
21 h : on a encore mangé la même chose qu'hier, il faut dire qu'avec les menus d'ici on n'a souvent le choix qu'entre chicken, foul ou meat (poulet, plat à base de fayots ou viande de mouton). Le tout arrosé d'un sempiternel Coca et terminé par un thé. Au retour, un Yéménite nous offre de partager son pack de lait à la santé de la France, puis des policiers nous proposent de nous ramener dans leur reste de voiture avec moumoute sur le volant mais sûrement pas de cardans.
Par Patrick
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| 19/02/2000 19:36
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